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Avec The Dog Stars, adaptation du roman de Peter Heller, Ridley Scott retrouve la science-fiction et imagine une Amérique ravagée par une pandémie. Hig, incarné par Jacob Elordi, vit sur une base aérienne abandonnée du Colorado avec Jasper, son chien, et Bangley, un ancien Marine interprété par Josh Brolin. Leur quotidien se réduit à protéger un territoire, rationner les ressources et repousser les pillards qui s’en approchent. Lorsqu’une mystérieuse transmission surgit dans la radio de son vieux Cessna, Hig se persuade qu’une vie meilleure existe ailleurs.
Le deuil comme véritable point de départ
The Dog Stars emprunte les apparences d’un film de survie post-apocalyptique, mais ne correspond véritablement ni au cinéma d’action ni au film d’horreur. Les êtres hostiles qui parcourent ses paysages ne sont pas des zombies : ce sont des survivants revenus à une forme de barbarie. Le danger n’est pas surnaturel. Il vient de ce que l’être humain devient lorsque les institutions, les règles et la confiance ont disparu.
Le film s’intéresse toutefois moins à l’effondrement du monde qu’à celui de Hig. Le jeune homme a perdu sa femme et l’enfant qu’elle portait. Jasper représente son dernier lien affectif avec la vie d’avant : une présence fidèle, mais aussi la mémoire vivante du foyer disparu. La mort brutale du chien ne constitue donc pas une simple péripétie destinée à déclencher l’action. Elle rompt le dernier fil qui retenait Hig à son existence présente et le pousse à prendre les airs.
Son voyage vers Grand Junction ressemble alors à une fuite autant qu’à une quête. Hig affirme rechercher l’origine d’un message radio et l’espoir d’une communauté plus humaine. En réalité, il cherche un lieu imaginaire où sa douleur pourrait enfin disparaître.
Un paradis qui n’existe pas
Le trajet conduit Hig auprès de Cima, une jeune médecin interprétée par Margaret Qualley, et de son père Pops, incarné par Guy Pearce. À leurs côtés, il découvre pourtant ce qu’il prétendait chercher : une forme de chaleur humaine, une possibilité d’aimer de nouveau et l’ébauche d’une famille.
Mais Hig demeure prisonnier de son idée. Convaincu que Grand Junction cache un refuge plus vaste et mieux organisé, il entraîne ses nouveaux compagnons vers cette destination. Le lieu rêvé se révèle alors artificiel et inquiétant : une communauté repliée dans un terminal d’aéroport, où le confort reconstitué dissimule la violence, le contrôle et une forme de folie collective.
Le film livre ici sa morale la plus forte : à force de poursuivre un bonheur abstrait, on risque de ne plus voir les êtres qui se trouvent réellement auprès de nous. Hig cherche au loin une promesse de recommencement alors que celui-ci a déjà commencé, discrètement, dans sa rencontre avec Cima et Pops. Son erreur n’est pas d’espérer, mais de confondre l’espoir avec une destination géographique.
Le retour final vers Bangley prend dès lors tout son sens. Le point de départ, que Hig percevait comme une prison, peut devenir un foyer dès lors qu’il accepte de l’habiter avec les autres. Il ne revient pas exactement là où il était : il revient transformé et accompagné. Il ne s’agit plus seulement de survivre au milieu des ruines, mais de reconstruire ce que la catastrophe avait détruit.
Le film crépusculaire d’un cinéaste de 88 ans
Il est difficile de ne pas voir dans The Dog Stars une œuvre crépusculaire. À 88 ans, Ridley Scott ne filme pas seulement la fin d’une civilisation : il semble interroger ce qui demeure lorsque presque tout a disparu. Après la puissance technologique de Blade Runner, la terreur organique d’Alien ou les empires de Gladiator, le réalisateur se concentre ici sur quelques gestes élémentaires : voler, pêcher, manger, protéger, aimer et transmettre.
Le véritable sujet du film n’est donc pas l’apocalypse, mais la manière dont l’être humain habite le temps après la catastrophe. Bangley s’est enfermé dans le présent immédiat de la survie. Hig vit entre le souvenir de sa famille et l’illusion d’un avenir meilleur. Cima et Pops représentent une troisième voie : accepter la perte sans renoncer à créer de nouveaux liens.
Cette dimension intime donne au film sa singularité. Ridley Scott ne cherche pas à rivaliser avec les grandes fresques spectaculaires du genre. Il privilégie les paysages, les silences et les rapports humains. L’avion de Hig devient le symbole de cette contradiction : il lui permet de s’élever au-dessus du monde et de chercher un ailleurs, mais il ne lui apprend pas à reconnaître ce qui se trouve déjà sous ses yeux.
Une narration parfois déséquilibrée
Cette orientation contemplative pourra déconcerter. Le film installe parfois l’attente d’un affrontement spectaculaire sans réellement la satisfaire. Les pillards semblent annoncer un récit d’action, la pandémie pourrait nourrir un film d’horreur et la transmission radio promettre un grand mystère. Pourtant, ces pistes restent secondaires ou sont abandonnées rapidement.
La dernière partie à Grand Junction est particulièrement déroutante. Alors qu’elle devrait constituer le cœur de la révélation, elle paraît presque appartenir à un autre film. L’atmosphère rétro, le comportement inquiétant de Darlene et l’organisation de cette fausse communauté offrent des idées fascinantes, mais trop brièvement explorées. Le contraste est saisissant entre la longue préparation du voyage et la rapidité avec laquelle son illusion s’effondre.
Ce déséquilibre limite la puissance dramatique du récit. Plusieurs personnages demeurent davantage esquissés que véritablement développés et certaines menaces disparaissent aussi vite qu’elles apparaissent. The Dog Stars semble parfois hésiter entre le thriller de survie, la fable philosophique, le drame amoureux et le western post-apocalyptique.
Cette hésitation n’empêche pourtant pas le film d’atteindre une réelle émotion. Jacob Elordi compose un Hig fragile, intérieurement absent, dont la beauté presque fantomatique traduit parfaitement l’incapacité à revenir parmi les vivants. Josh Brolin donne à Bangley une brutalité défensive traversée par une affection qu’il ne sait pas exprimer. Margaret Qualley apporte enfin au récit la possibilité concrète d’un avenir.
La survie ne suffit pas
The Dog Stars repose finalement sur une distinction essentielle : survivre n’est pas encore vivre. Bangley sait défendre une base, éliminer une menace et préserver des réserves. Hig, lui, doit retrouver une raison de demeurer dans le monde. Sa véritable délivrance ne vient pas du lieu découvert au terme de son voyage, mais de sa capacité à accepter de nouveau la présence des autres.
Ridley Scott signe ainsi un film imparfait, parfois lent et narrativement irrégulier, mais habité par une idée simple et profondément humaine : le paradis que nous poursuivons n’existe peut-être pas. Il peut même devenir dangereux lorsqu’il nous détourne de celles et ceux qui nous aiment déjà.
Au bout de son voyage, Hig comprend que recommencer ne signifie pas effacer les morts ni retrouver le monde perdu. Cela signifie construire quelque chose avec les survivants. Derrière ses avions, ses armes et ses paysages dévastés, The Dog Stars raconte donc moins la fin du monde que le difficile retour d’un homme vers la vie.
Notre avis : un film post-apocalyptique contemplatif et profondément mélancolique, inégal dans sa construction, mais porté par une belle réflexion sur le deuil, l’espoir et la nécessité de ne pas passer à côté de ceux qui sont encore là.