Je dois faire une confession. En ce mois de janvier 2026, grâce aux séances UGC Culte, j’ai vu pour la première fois Le Secret de Brokeback Mountain. Oui, moi, 45 ans, cinéphile et homosexuel assumé, n’avais encore jamais pris le temps – ou eu le courage – de regarder ce film.
Je me suis longtemps demandé pourquoi. Sans doute qu’en 2005, quand il est sorti, je n’étais pas encore prêt. Peut-être que cette histoire d’amour impossible entre deux hommes dans l’Amérique rurale aurait fait trop d’écho à mes propres questionnements. À ce moment-là, je me cherchais encore. Aujourd’hui, je réalise que ce film, j’en avais besoin.
Une histoire d’amour sous silence
Réalisé par Ang Lee, Brokeback Mountain raconte la rencontre de deux cow-boys embauchés pour garder des moutons dans les montagnes du Wyoming. Ennis (Heath Ledger) et Jack (Jake Gyllenhaal) partagent d’abord une simple camaraderie, avant que la solitude et la nature brute n’ouvrent la porte à une passion interdite.
Ce qui frappe, vingt ans après, c’est la sobriété de la mise en scène. Pas de grandes déclarations, pas de musique omniprésente : tout passe par le non-dit, les regards, les silences étouffés. Ang Lee filme la retenue, la peur, la beauté d’un amour qui n’a pas le droit de s’exprimer.
À une époque où les drames romantiques sont souvent rythmés par des rebondissements ou des répliques calibrées, Brokeback Mountain conserve cette lenteur, cette pudeur, presque contemplative. Elle en fait toute sa force.
Quand le cinéma devient miroir
Ce film agit comme un miroir, parfois impitoyable. Il parle du poids du secret, du temps perdu, de la société qui dicte ce que l’on peut aimer ou non. Dans ce monde rural des années 1960, les codes sont immuables : un homme épouse une femme, fonde une famille, travaille dur. Tout ce qui sort de cette norme devient une menace.
Et pourtant, au cœur de ce cadre étouffant, Ang Lee filme la tendresse. Les gestes hésitants, les retrouvailles clandestines, les années qui passent sans que la société n’évolue. C’est à la fois une histoire d’amour et une tragédie tranquille.
2026 : un écho douloureusement actuel
Ce qui rend le film encore plus bouleversant aujourd’hui, c’est la résonance qu’il garde avec notre présent. Alors que les débats autour de l’identité et de la diversité semblent parfois reculer, Brokeback Mountain nous rappelle à quel point le rejet et la solitude peuvent encore blesser.
Revoir ce film aujourd’hui, c’est mesurer le chemin parcouru… et celui qu’il reste à faire. C’est aussi reconnaître que le cinéma, lorsqu’il est sincère, ne vieillit pas.
Un film à (re)voir, vraiment
Le Secret de Brokeback Mountain n’est pas un simple drame romantique. C’est une œuvre humaine et universelle, qui parle de l’amour, de la peur de le vivre, et de la nécessité d’être soi.
Pour moi, ce fut un coup de cœur tardif mais immense. Une émotion brute, une claque silencieuse. Si vous ne l’avez pas encore vu – ou si, comme moi, vous n’aviez pas osé – offrez-vous cette projection. Elle en dit long sur le monde, et encore davantage sur nous-mêmes.
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