Après des mois d’attente et d’interrogations, le biopic « Michael » arrive enfin sur nos écrans. Si la prouesse technique et l’incarnation de Jaafar Jackson forcent l’admiration, le film fait un choix narratif radical qui laisse un goût d’inachevé : celui de l’hagiographie assumée, s’arrêtant aux portes de la polémique en 1988.
Une immersion saisissante dans la genèse d’une icône
Le film s’ouvre sur les racines du mythe : une famille ouvrière de Gary, Indiana. La réalisation, d’un soin méticuleux, dépeint avec une dureté nécessaire l’obsession de Joseph Jackson. La réplique cinglante du patriarche résonne tout au long du premier acte :
« Dans la vie, soit tu es gagnant, soit tu es perdant. Veux-tu être un perdant ? »
On y découvre un Michael enfant, prisonnier d’un tiraillement constant entre l’amour familial et une emprise psychologique violente. Le film excelle à montrer cette dualité entre passion et maltraitance, notamment lors de la négociation des premiers contrats. Même l’envol en solo de Michael est présenté sous condition : une liberté surveillée par Joseph, obligeant Michael à travailler avec ses frères de 6h à 17h avant de pouvoir se consacrer à son propre génie.
Des reconstitutions d’une fidélité « rassurante »
Visuellement, « Michael » boxe dans la même catégorie que Bohemian Rhapsody ou A Star Is Born. La ressemblance de Jaafar Jackson avec son oncle est proprement troublante. Sous certains éclairages, la frontière entre fiction et documentaire s’efface, rendant hommage à la gestuelle et au magnétisme de l’artiste.
Le film marque les esprits par des séquences clés :
- L’accident Pepsi : Une scène d’une violence rare où l’on voit les cheveux de la star s’enflammer sous le regard impuissant du plateau.
- La résilience mentale : Le passage où Michael transforme son traumatisme en une mission quasi religieuse, décidant de rendre au public l’amour reçu.
- L’émancipation : Le moment de bravoure où Michael annonce sa carrière solo sur scène, lors de la tournée d’adieu des Jackson Five, reprenant enfin les rênes de son destin face à un Joseph mis devant le fait accompli.
Le cas de conscience : Un film qui s’arrête en 1988
C’est ici que le bât blesse pour le spectateur averti. En choisissant de clore le récit sur la tournée solo en Angleterre en 1988, le film fait une impasse totale sur les scandales et la vie personnelle complexe du chanteur.
| Les points forts | Les points de frustration |
| Performance habitée de Jaafar Jackson | Abstraction totale des affaires sulfureuses |
| Qualité sonore et visuelle exceptionnelle | Focus unique sur l’amour maternel et les animaux |
| Reconstitution historique des concerts | Une fin abrupte avec la mention « La vie de Michael continue » |
Mon avis
Faut-il aller voir Michael ? Oui, absolument, pour la célébration de son héritage musical et la claque visuelle des concerts mythiques. Mais il faut s’y rendre avec la conscience que le film est un hommage filtré. En occultant la part d’ombre pour ne garder que la lumière, le biopic pose une question de cinéma fondamentale : peut-on dissocier totalement l’œuvre de l’homme dans un format biographique ?